« Hiiiiiiiiiii TU ES ENFIN LAAAAAAAAAAA », me crie mon amie à l’autre bout du fil dès qu’elle décroche son téléphone, avec l’air excité que je suis lui connais si bien.

Je jette un œil mi-interrogateur mi-craintif à l’employée des douanes, qui attend devant moi que je lui donne les renseignements dont elle a besoin avant de décider si, oui ou non, elle va me laisser entrer sur le territoire marocain sans encombre. Elle me regarde avec le même regard impassible que celui qu’elle arborait une minute auparavant. Après tout, peut-être n’a-t-elle pas entendu la vague d’excitation qui vient d’envahir mes oreilles.

J’essaie de calmer légèrement mon amie au téléphone, bien que je partage la même exaltation. Vite, j’arrive à la couper pour lui expliquer ma situation. Avant de pouvoir enfin la voir, j’ai besoin de son adresse pour prouver à la douane que j’ai déjà un endroit où loger et que je ne compte pas me retrouver à la rue ce soir.

Quelques secondes plus tard, je me retourne vers l’employée avec le sourire de quelqu’un qui sait qu’il a déjà réussi son examen avant de répondre à la question. Elle semble apprécier la réponse que je lui donne, me tamponne mon passeport tout neuf et ça y est, le Maroc est à moi le temps de quelques jours.

Ni une ni deux, je donne l’adresse à une autre amie de mon amie, qui fait aussi partie des invitées au mariage. Nous nous sommes rencontrées il y a quelques années grâce à notre amie commune, et nous avons pris le même avion depuis la Belgique.

Pour la petite histoire marrante, devant la porte d’embarquement, j’avais aussi rencontré un camarade de classe qui était à l’unif avec moi au tout début de mon parcours. Assise sur une chaise, j’avais levé la tête après avoir entendu quelqu’un me demander si la place à côté de moi était occupée et, après une longue seconde de réflexion passée à scruter son visage, je lui avais simplement répondu « On se connait, non ? » avant de me rendre compte trop tard, comme souvent d’ailleurs, que c’était une phrase typique du manuel des techniques de drague lourdes et ennuyantes. Heureusement, il lui avait fallu à peu près le même temps pour se rendre compte qu’effectivement, on s’était déjà croisés. Ce jour-là, nous avons passé plus de temps à parler que toutes les autres fois réunies.

Mais retournons au Maroc.

Nous venons de passer les douanes et de récupérer ma valise, et nous nous dirigeons vers la sortie. À peine un pied en dehors de l’aéroport de Rabat, la pluie commence à tomber et s’intensifie rapidement. Nos pas s’accélèrent et nos jambes finissent par courir pour éviter les gouttes. Il ne nous faut que quelques secondes pour repérer notre amie, qui nous saute dans les bras avant même qu’on ait pu dire quoique ce soit.

C’est la future mariée, elle n’arrête pas de nous dire à quel point elle est heureuse qu’on ait pu faire le voyage, et moi j’aimerais bien lui faire comprendre à quel point je suis reconnaissante qu’elle nous ait invitées.

En parlant, nous enfournons rapidement nos valises dans la voiture, dans laquelle se trouvent sa mère et sa sœur avec qui nous faisons connaissance. La discussion est déjà bien animée quand la voiture démarre. Direction Casablanca, où se trouve la maison familiale.

Ce soir-là, je goûterai pour la première fois du thé marocain et je me surprendrai à le trouver délicieux, moi qui n’aime pas le thé. Je dégusterai aussi de nombreux petits gâteaux et je profiterai de chaque instant dans l’ambiance chaleureuse de la maison de mon amie.

Nous irons ensuite dormir dans les grands fauteuils du salon, qui s’avèrent être aussi de très confortables lits.

Mariage, jour 1.

Nous sommes vendredi. Le mariage s’étale sur deux soirs, et il commence aujourd’hui.

Je me réveille aux sons de la cuisine et vois la table du petit-déjeuner déjà presque entièrement dressée. Ce matin-là, je vais goûter une spécialité qui me donne encore l’eau à la bouche quand j’y pense : les crêpes marocaines, que je mangerai avec un peu de miel. Quel délice !

La matinée passe rapidement. Notre future mariée a un programme chargé et nous ne la voyons qu’à quelques occasions. C’est une vraie boule d’agitation : le stress du mariage commence à monter et, bien qu’elle garde son sourire contagieux, elle court partout et ne sait parfois plus où donner de la tête.

Dans l’après-midi, nous la quittons pour aller nous faire faire un brushing dans un petit salon du coin. Les murs sont jaune pétant, les deux coiffeuses parlent tellement entre elles que j’ai l’impression qu’on ne sera jamais prêtes avant le mariage.

Toutes les filles demandent de jolis cheveux lisses. Moi, comme d’habitude, je les demande bouclés, avec de larges boucles comme j’aimerais parfois en avoir. Je suis la dernière à passer sous les coups de sèche-cheveux, et dès que mes boucles sont finies nous filons à la maison pour finir de nous préparer.

Pour ce soir, nous avons décidé de porter une robe traditionnelle marocaine. Une opportunité que notre amie nous a offerte et que je ne pouvais pas manquer.

Les femmes de la maison nous sortent alors tout un tas de robes aussi jolies et colorées les unes que les autres. Nous en choisissons chacune une, que nous essayons devant les « Aaah mais t’es trop beeeeelleeeee » de la reine du jour. La mienne est mauve, je dois la porter au-dessus d’une longue jupe en tulle et l’agrémenter d’une ceinture à la taille.

Entre tous les préparatifs, l’heure du mariage arrive plus vite qu’on ne le croit et le père de la mariée commence à faire les cent pas. Il ne veut pas être en retard, mais il prédit déjà que tout le monde dans cette maison le sera. Pour calmer ses doutes, nous prenons vite la route en direction du lieu de la cérémonie.

***

Aujourd’hui, on nous dit que c’est juste une petite cérémonie. La vraie, la grande, elle aura lieu demain.

C’est vrai, aujourd’hui la fête ne se tient que dans la maison d’un membre de la famille, mais j’aurai déjà les étoiles plein les yeux. Il doit être un peu plus tard que 16h quand nous arrivons devant un immeuble à appartements en plein centre-ville, et l’excitation monte en moi à mesure que l’ascenseur gravit les étages.

La porte d’entrée de l’appartement où se passe la cérémonie du jour donne sur une grande pièce divisée en trois salons à la marocaine. Tous les murs sont bordés de longs fauteuils sur lesquels ont été entreposés un grand nombre de coussins colorés.

Nous sommes parmi les premiers invités à arriver. Une dizaine de personnes sont déjà là, mais les fauteuils sont loin d’être remplis. Il faudra encore attendre plusieurs dizaines de minutes avant que la salle ne se remplisse complètement.

Assise parmi les coussins confortables, j’admire la tenue de chacune des femmes présentes. Elles portent toutes des robes traditionnelles plus jolies les unes que les autres, et je me surprends à rêver d’avoir ce genre de traditions en Belgique aussi. Des serveurs viennent sans cesse mettre sous nos yeux des plateaux remplis de délicieuses choses à grignoter et de boissons colorées. Ce soir, nous ne boirons pas d’alcool, tradition oblige, mais je goûterai pour la première fois un jus à l’avocat qui était, ma foi, pas mal du tout.

Je suis entourée du groupe d’amies internationales de la mariée. Comme moi, elle les a rencontrées lors de ses études dans ma petite ville belge. Nous discutons entre nous ou avec des membres de sa famille, et puis parfois nous nous levons pour danser sur le rythme de la musique marocaine. Et, toujours, je suis en admiration devant tout ce qui se passe autour de moi.

 

Mais le temps passe, et il n’y a toujours pas de trace de la mariée. Ni du marié d’ailleurs.

Je me demande où ils sont, et quand ils vont arriver. Quand, soudain, l’agitation semble augmenter. Pour répondre à notre regard curieux, quelqu’un nous dit que la mariée va bientôt arriver.

Et puis tout d’un coup, elle fait son apparition. Et mon œil verse une larme d’émotion.

La mariée. Mon amie. Ma première amie qui se marie. Elle est resplendissante. Elle arbore un superbe maquillage comme les Marocaines en ont le secret, et elle porte une robe magnifique. Une robe traditionnelle, comme à peu près toutes celles qu’elle portera pendant ces deux jours, d’un turquoise étincelant. Elle porte une couronne dorée dans ses cheveux redressés, qui va parfaitement avec la ceinture dorée qui encercle sa taille, et les autres touches de couleur or qui ornent sa robe.

Je pense qu’autour de moi, les gens sifflent, applaudissent, chantent. Moi, je suis juste obnubilée. Et à l’heure de vous écrire, je ne me souviens que de sa présence.

À un moment, une main me tend un tambourin. Etait-ce avant ou après son entrée, je ne saurais le dire. Tout ce que je sais, c’est que ma voix laisse deviner une pointe de stress quand j’essaie de dire que je n’ai aucune idée de comment l’utiliser, mais c’est trop tard, la main est déjà partie. Mes mains à moi se retrouvent alors seules à porter cet instrument qu’elles ne connaissent que très peu.

La mariée s’avance dans la foule et je pense que c’est à ce moment-là que je commence à taper sur mon tambourin, en suivant le rythme des autres mains et des autres tambourins. Les bruits, les applaudissements, les chants, la musique suivent mon amie, alors qu’elle va s’asseoir sur le fauteuil qui doit l’accueillir, dans le plus grand salon.

Cliquez pour vous laisser emporter par l’ambiance.

***

Il faudra attendre encore plusieurs dizaines de minutes avant que son futur mari ne fasse son apparition. Il est précédé par d’énormes plateaux recouverts par de hauts cônes et remplis d’offrandes, que des porteurs viennent déposer devant la mariée dans un brouhaha aussi joyeux que mélodieux de chants et de cris lancés par les invités.

Quand il arrive enfin, il vient s’asseoir près d’elle, et ils passeront la majeure partie de la soirée sur leur trône improvisé. Les gens s’approchent pour faire des photos avec eux, et nous ne manquons évidemment pas à la règle. Entourés de toute cette tradition, ils sont tous les deux tout sourires. Ca me fait chaud au cœur.

À un moment de la soirée, la personne responsable de l’acte de mariage fera discrètement son apparition, et les hommes de la famille s’assiéront en cercle avec lui pour signer les papiers du mariage.

Le reste du temps, on dansera et on mangera. La mariée viendra danser sur une petite estrade le temps d’une chanson. Et puis d’autres personnes y monteront et j’admirerai tous leurs mouvements gracieux, au rythme d’une musique qui est la leur et que je ne me lasserai pas d’entendre.

Nous serons les derniers à quitter l’appartement. Je ne sais plus quelle heure il était, mais il n’était pas extrêmement tard. Ce soir-là, tout le monde me répète encore que ce n’était qu’une entrée avant le plat principal du lendemain. Et à ce moment-là, je n’ose même pas imaginer ce qu’ils entendent par plat principal, si ce que je viens de vivre n’était qu’un amuse-bouche.

Mariage, jour 2.

Le mariage ne commence qu’en fin d’après-midi, mais déjà tout semble aller si vite. Ce jour-là, nous ne verrons presque pas la mariée avant l’entrée de reine qu’elle fera en plein milieu de la fête, alors que le soleil se sera déjà couché.

Mais il reste quelques heures avant le grand événement, et je commence la journée comme il se doit : en dégustant chaque bouchée de ces excellentes crêpes marocaines.

L’organisation est le maître-mot dans la maison et, après avoir couru partout pendant la matinée, la mère de la mariée nous emmène dans un salon de beauté pour se faire coiffer. Même rituel qu’hier, mais pas dans le même salon. Celui-ci, il est plus au goût du jour, et on nous offre un thé à l’arrivée. Il est rempli de monde, mais ce ne sont que des apprenties, qui scruteront chaque mouvement de celle qui nous coiffera, et chacun des nôtres par la même occasion.

Aujourd’hui, pas de robe marocaine pour nous, nous portons toutes la robe que nous avions emportée dans nos valises. La mienne est une longue robe bleu nuit aux bras couverts de dentelles que j’ai commandée sur internet et qui, par chance, me va comme un gant.

Le mariage a lieu à une heure de là et, comme hier, nous prenons la route avec, paraît-il, un peu de retard.

***

Aujourd’hui, c’est apparemment le vrai jour de fête. Les papiers du mariage ont été signés la veille, et il n’y a plus qu’à célébrer l’union.

La salle qu’ils ont louée pour l’occasion est superbement décorée. Ici, il n’est plus question de la multitude de coussins colorés d’hier. Les murs sont blancs, de grandes tables rondes ont été dressées, couvertes d’une nappe d’un blanc immaculé et d’une multitude d’assiettes blanches bordées d’arabesques dorées. Au centre de la pièce, posé devant l’un des murs, se trouve un grand fauteuil destiné aux mariés. Disposé sur une estrade pour s’assurer que tout le monde puisse bien les voir, il deviendra leur trône pour la soirée.

Le marié nous accueille et nous guide vers la table que nous partagerons avec des membres de la famille de la mariée.

Comme hier, nous discutons, nous faisons connaissance avec d’autres invités et nous grignotons les petites choses jolies et délicieuses qui nous passent sous la main.

Comme hier, les femmes sont toutes vêtues de robes traditionnelles magnifiques et j’admire toutes celles que mes yeux croisent.

Comme hier, aussi, la mariée se fait attendre. Ce soir, elle fera quatre apparitions spectaculaires à différents moments de la soirée, mais je ne le sais pas encore.

***

Ça fait sûrement plus d’une heure que nous sommes là quand elle se montre enfin. Vêtue d’une jolie robe traditionnelle bleu clair et or, un voile accroché dans les cheveux, c’est assise sur une chaise à porteurs qu’elle fait son entrée dans la salle. Très vite, les cris et les applaudissements viennent se mêler à la musique marocaine qui retentit dans toute la pièce. Les porteurs la feront passer et repasser plusieurs fois au milieu de la foule animée, jusqu’à finalement poser la chaise pour qu’elle puisse en sortir. Elle grimpera alors les quelques marches qui l’éloignent du marié et du fauteuil qu’ils partageront pendant la soirée. Comme tous les autres invités, nous en profiterons pour aller faire une photo avec eux.

Et puis, comme plusieurs fois pendant la soirée, elle s’éclipsera en silence pour revenir plus tard sous les applaudissements, les danses, la musique et les cris de joie.

La deuxième fois, elle apparait assise sur une autre chaise à porteurs, vêtue d’une tenue blanc et or et coiffée d’une énorme coiffe traditionnelle marocaine dans les mêmes tons qui ne laisse apparaître que son visage souriant. Cette fois-là, on fait la fête pour son mari aussi, assis sur une autre chaise à porteurs. Ceux-ci les font circuler autour de la salle au rythme de la musique pendant de longues minutes jusqu’à, enfin, poser les chaises pour les laisser s’asseoir sur le fauteuil qui les attend.

Une fois de plus, cliquez pour vous laisser envoûter par les sons de ce moment-là.

La troisième fois, elle entre en marchant aux bras de son mari, dans une magnifique robe d’un bordeaux foncé et profond associé, comme toujours, à de grandes touches de doré.

La quatrième et dernière fois, elle arbore une longue robe blanche qui ressemble aux mariées que nous avons l’habitude de voir. Ça sera le seul moment qui se rapprochera des mariages tels que je les connais, et pour cause : il ne fait pas partie de la tradition marocaine, mais les mariées d’aujourd’hui tiennent à avoir leur robe blanche occidentale, après toutes les magnifiques robes qu’elles auront enfilées pendant les célébrations.

  

Entre temps, nous avons profité d’un repas servi sur nos grandes tables rondes, et mes yeux se sont ouverts en grand devant tous les plateaux aussi surchargés qu’appétissants que les serveurs nous ont apportés.

Ce soir-là, nous avons passé la soirée entre deux ambiances. Il y a eu, d’abord, le calme rempli de discussions avec d’autres invités et autour de notre table, au rythme du groupe marocain qui joue en fond sonore et de la nourriture que l’on nous sert. Il y a eu, ensuite, l’ambiance animée et enjouée à chaque apparition de la mariée. La musique marocaine que l’on entend alors un peu plus fort, les mouvements de danse que l’on fait autour d’elle, les applaudissements incessants et les cris de joie.

C’est une ambiance loin des chansons commerciales et des sons que l’on connait. C’est une ambiance orientale et chaleureuse, une de ces ambiances qui t’entraînent même sans que tu le veuilles, qui te font sourire jusqu’aux oreilles et qui bercent tes nuits pendant quelques temps après encore. Ce sont des notes de musique envoûtantes, des explosions de joie et une excitation vive et soutenue. Une ambiance mille et une nuits à des années lumières de nos mariages à nous, qui pourraient parfois paraitre timides face à l’engouement provoqué par un mariage marocain.

C’était magique. Et, à l’heure où la fête se finit, mes yeux en ont pris plein la vue et mes oreilles plein les tympans.

***

La musique s’arrête, les gens partent petit à petit, nous faisons encore quelques photos avec notre éblouissante mariée et nous accompagnons les jeunes mariés jusqu’à leur voiture.

Ils nous disent au revoir derrière leurs vitres fermées. Demain, ils s’envoleront pour leur lune de miel. Mais avant, quelqu’un m’a soufflé que la mariée avait vraiment envie d’un Mc Do.

L’histoire ne dit pas si elle l’aura eu ou pas, mais moi je l’imagine coincée au milieu d’un océan de tulles dans sa voiture, un burger à la main, et ça me fait sourire.

Juste un dernier sourire après un millier d’autres, pour finir un mariage à l’ambiance mille et une nuits.

 

La plupart des photos ont été prises par le photographe officiel de la soirée,
à part quelques photos prises avec mon téléphone.

Comme pour le mariage brésilien dont je vous ai déjà parlé, ma robe vient de Chichi London, une marque que j’ai découverte à l’occasion de ce mariage et que je ne peux que recommander.

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