Vendredi 7 mai. L’après-midi touche à sa fin quand nous garons notre voiture de location devant le petit salon de beauté où j’ai rendez-vous. Il fait déjà nuit noire, la pluie ne nous a pas quittés depuis plus d’une heure, et elle s’acharne. Les gouttes font la course avec les essuie-glaces, le bord de la route s’est transformé en rivière, je calcule combien de secondes j’ai pour arriver à la porte du salon. Le mariage est prévu pour demain.

J’entre dans le salon avec mon copain et sa maman. Tout le monde parle portugais autour de moi, c’est mon copain qui a pris rendez-vous pour moi et il fait les derniers arrangements. Je ne comprends rien, je me laisse juste guider.

Ici, au Brésil, les mariages se font en grande pompe. Il n’est pas rare de trouver plusieurs salons de beauté dans une seule et même rue, et on comprend vite pourquoi. Les manucures ne sont pas aussi chères qu’en Belgique et nombre de Brésiliennes y vont fréquemment. Les jours de mariage, les invitées passent des heures dans les salons. Ongles, cheveux, maquillage, rien n’est laissé au hasard, et peu de personnes décident de le faire elles-mêmes.

Tout ça, c’est très nouveau pour moi, qui ai l’habitude de me préparer toute seule avant chaque fête, faute d’avoir quelqu’un pour le faire à ma place. Mon copain avait donc tout organisé pour moi, et je devais juste me laisser aller de rendez-vous en rendez-vous.

C’est comme ça que je me retrouve dans ce petit salon. J’attends mon tour, assise sur une rangée de chaises adossées à un mur. J’observe le mur de vernis et ses tons de rose et de rouge qui s’étalent en un dégradé de couleurs infini. J’observe les Brésiliennes qui se font faire les ongles, et celles qui s’affairent à les rendre beau. Moi, c’est la première fois de ma vie que je vais faire une manucure-pédicure dans un salon de beauté, et mon inexpérience me fait sentir toute petite.

Je suis une boule d’excitation et de curiosité.

C’est une gentille demoiselle qui s’occupe de moi. Je choisis les couleurs que je veux après avoir fait un essai d’une couleur différente sur trois de mes ongles. On échange quelques mots ici et là en portugais et en espagnol, on rit même un peu ensemble. Et, surtout, j’observe chacun de ses gestes, et je profite, en me disant que je ne dirais pas non au même service toutes les semaines !

Mon copain, qui m’avait laissée à moi-même avant que tout ne commence, revient me chercher une fois que j’ai fini. Il me tend une paire de tongs que j’enfile délicatement pour ne pas tuer ma pédicure toute fraiche, et je me retrouve à sautiller entre les flaques avec lui.

Ce week-end, nous séjournons dans un hôtel, comme la plupart des invités. Il n’est pas loin du salon de beauté, l’ambiance est très bonne, je fais connaissance avec de nombreuses personnes dont j’oublie les noms.

Nous montons dans notre chambre, sur la porte de laquelle pend un petit mot de bienvenue laissé par les futurs mariés, et nous en repartons peu de temps après. Ce soir-là, on rejoint les stars du week-end et leurs amis à un bar du quartier. On mange, on prend des verres, on rit.

Demain c’est le grand jour, et on est tous excités.

En fin de soirée, nous sommes parmi les premiers à partir, parce que curieusement je suis la seule Belge parmi une foule de Brésiliens, et pourtant je suis la seule à mourir de froid dans cette nuit qui suit la tempête.

Samedi 8 mai. Le mariage ne commence qu’à 19h mais, peu après le repas de midi, il est déjà temps pour mon copain de me livrer aux mains du coiffeur-maquilleur.

Cette fois-ci, c’est dans une maison tout entière transformée en salon de beauté que je me rends. J’ai la chance de m’y trouver avec la mariée et sa famille proche, ainsi que la maman de mon copain. J’ai un peu l’impression de me retrouver dans une position privilégiée à laquelle je n’appartiens pas, car je ne connais la mariée que depuis deux semaines, mais tout le monde est tellement gentil que je me finis vite par me sentir à ma place.

En plus du salon, il y a trois pièces décorées de grands miroirs, de fauteuils confortables et d’une ribambelle de maquillage et de produits de beauté en tous genres. Du petit monde s’affaire dans les pièces, et il me faut du temps pour comprendre le rôle de chacun. Il y a les coiffeuses, les maquilleuses, les photographes et puis d’autres personnes dont le rôle reste définitivement flou.

J’ai du mal à suivre les discussions, qui se font en portugais, mais tout le monde est adorable et essaie chaque fois de trouver quelques mots en espagnol pour m’aider quand définitivement je ne comprends pas. Les sourires fusent, ponctués par des éclats de rire ici et là.

En attendant mon tour, je reste dans la pièce où la mariée se fait maquiller. Elle est tellement excitée qu’elle a du mal à arrêter de parler. On nous apporte quelques macarons et autres petits gâteaux délicieux, j’en grignote quelques-uns, et puis quelques autres en passant devant le meuble où ils trônent. Dans le salon, les photographes s’affairent devant la grande robe blanche magnifique. C’est son petit moment de gloire avant la grande heure, ils essaient de trouver la meilleure lumière pour lui rendre honneur. Mes yeux se posent quelques instants sur cette jolie danse photographique.

Pendant ce temps-là, la mère de mon copain se fait maquiller et coiffer dans une autre pièce. Quand elle est prête, c’est à mon tour de me poser sur la longue chaise qui trône au milieu de la pièce. La jeune femme qui s’occupe de moi ne parle pas espagnol, encore moins anglais ou français, mais on se comprend grâce aux mots similaires dans les langues que l’on parle chacune, l’espagnol pour moi et le portugais pour elle.

Elle dit qu’elle commencera par la coiffure et me demande ce que je veux. Je dis juste que je veux ne pas tous les attacher, je veux quelque chose de volatile et de pas trop serré, avec des boucles et des tresses par-ci par-là. J’ai glané quelques photos rapidement et je lui les montre pour lui donner une idée, mais je n’ai pas envie de donner trop de précisions. Je préfère lui laisser décider ce qu’elle fera exactement, et elle est ravie.

Je ne sais pas combien de temps elle travaille sur mes cheveux. Longtemps, sûrement, mais j’en apprécie chaque minute.

Quand vient l’heure du maquillage, je lui donne une totale liberté. Elle s’extasie, me dit que d’habitude les personnes qu’elle maquille ont toujours exactement en tête ce qu’elles veulent, et elle aime pouvoir donner libre cours à son inspiration ou à ses envies.

Moi, j’ai juste envie de vivre une expérience à la brésilienne. Je veux me sentir, le temps d’une journée, comme l’une d’entre elles. Pas comme l’Européenne que je suis, qui ne met presque jamais de fond de teint et se maquille en 3 minutes top chrono au quotidien.

Une fois de plus, le temps s’allonge mais pour moi il s’arrête. C’est la première fois que je me fais maquiller par une professionnelle et, les yeux fermés, je profite de ces sensations inconnues. Je savoure les pinceaux sur mon visage, qui devient vite comme une toile offerte aux mains d’un peintre. Je n’ai jamais, dans ma vie entière, mis autant de fond de teint que ce qu’elle me met ce jour-là. J’ai même l’impression qu’on m’en met plus sur le visage en seulement une soirée que si j’additionnais toutes les couches de fond de teint que j’ai portées dans ma vie. Mais ça m’amuse parce que ce soir, mon visage est comme une œuvre.

Ma maquilleuse se concentre ensuite sur mes yeux et je savoure l’action de ses mains expertes qui, je le sais, vont me faire un maquillage comme je n’en ai jamais eu. C’est, d’ailleurs, la première fois que je porte des faux cils, et c’est une sensation étrange qui me fait doucement rire.

En ouvrant les yeux devant le miroir que l’on me tend, je me reconnais à moitié, mais je souris à l’idée de me retrouver devant mon moi brésilien.

 

Mais je ne m’attarde pas car, vite, il est déjà temps de dire au revoir à tout ce personnel, à coups de mercis et d’embrassades (parce que nous sommes au Brésil après tout), et de repartir pour l’hôtel. Mon copain est venu me chercher et, avant que je m’en rende compte, nous filons vers notre chambre, où j’enfile ma robe et mes chaussures sur un pas de course.

Un selfie raté dans l’ascenseur, et nous nous retrouvons déjà dans la rue en chemin vers l’église, qui se trouve à une centaine de mètres.

Il est presque 19h et la nuit est déjà tombée quand nous rejoignons la file d’invités devant l’église. Nous faisons partie du cortège nuptial, avec tous les autres garçons et demoiselles d’honneur. Au total, nous sommes une dizaine de couples dans le cortège, et nous nous mettons en file dans un ordre bien établi alors que les autres invités sont déjà dans l’église.

Nous avions été pressés par les aiguilles du temps qui passe, mais nous finissons par les voir tourner pendant encore une vingtaine de minutes avant que la cérémonie ne commence. Et puis, enfin, on reçoit le signal d’une dame qui semble tout organiser comme un chef d’orchestre. La musique commence, nous nous avançons devant l’église et, ma main soigneusement placée sur le bras de mon copain comme on me l’a demandé, je me prépare à rentrer dans l’église avec lui.

Comme chaque couple du cortège nuptial avant et après nous, nous avançons lentement, au rythme de la musique, sous les regards de tous les autres invités qui m’intimident légèrement. Je n’avais jamais fait ça avant et j’ai presque l’impression de me retrouver à mon propre mariage, le sentiment est étrange.

Après ce défilé, c’est la mariée qui arrive. Elle est sublime. Elle a une robe magnifique comme on voit très peu en Belgique, le genre de robes qui me fait rêver. Une robe de princesse recouverte de dentelle, avec une longue traine et de longues manches entièrement en dentelle.

J’assiste à la messe sans comprendre ce qui s’y dit. On reste debout un long moment, je manque de m’évanouir, et je me rends compte que ça fait longtemps que je n’ai plus mangé. Je m’assieds, pique un bonbon à mon copain pour redonner un coup de sucre à mon corps et, alors que je sens mon visage reprendre des couleurs, je dois me lever pour aller, avec mon copain, signer un registre sans savoir vraiment ce qui m’arrive. Je m’accroche un peu à son bras, il a peur que je m’effondre, j’ai peur de vomir, mais on réussit à faire comme si de rien n’était. Je signe sans trop prêter attention à ce que je signe et, peu de temps après, la cérémonie à l’église se termine.

Je me sens encore un peu patraque mais je n’ai aucune envie de rater une miette de la suite du programme. Un feu d’artifice nous accueille à la sortie de l’église et nous nous dirigeons rapidement vers l’un des bus qui nous attend. Direction la salle où se passe la suite de la soirée.

En arrivant, je suis d’abord impressionnée par la décoration, qui me séduit avant même que mes yeux aient pu en voir toute la splendeur.

Au Brésil, pays des apparences par excellence, un mariage ne se fait pas à la légère. Tout doit être beau, sur son 31, impeccable. Et en parcourant la salle des yeux, je ne vois que ça : du magnifique, du parfait, de l’impeccable.

La décoration est incroyable, mêlant le vert d’une forêt magique au doré des lampes qui l’éclairent, le tout agrémenté du blanc des fleurs et de l’énorme gâteau qui trône au milieu de la table (et que, malgré mon impatience et à mon grand étonnement, personne ne coupera pendant la soirée). Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression de me retrouver dans Alice au pays des merveilles. Dans le rôle d’Alice. Un étonnement incessant au milieu d’une foule de gens pour qui tout est normal.

Sur les tables, des photos magnifiques des deux amoureux que l’on célèbre aujourd’hui, des petits gâteaux en nombre, des cookies délicieux portant leurs initiales et des petits personnage en sucre en forme d’un couple de jeunes mariés vraiment trop mignon. Je ne sais plus où donner de la tête et mon excitation a du mal à se concentrer sur une chose en particulier.

 

Les mariés arriveront un peu plus tard et passeront de longues minutes à faire des photos dans ce décor féérique. D’abord à deux, et puis en groupe, et je passerai donc aussi devant l’objectif. D’abord avec la famille de mon copain, ensuite avec les femmes de la famille. Et enfin avec mon copain seulement, parce que je voulais juste une photo normale de nous devant le décor pour ne pas l’oublier, mais qu’ils ont décidé de nous faire poser comme jamais le temps d’une photo.

La pièce est remplie de belles tables blanches, dont deux plus grandes sur lesquelles s’installera la famille. Enfin, s’installer est un grand mot. Le buffet est servi et les invités vont tous y remplir leur assiette, mais presque personne ne restera assis. Après avoir avalé deux trois bouts debout, ils se ruent sur la piste de danse, où le groupe de la soirée est déjà en train de jouer.

En entrant, j’avais reçu un petit sac en tissu doré et des tongs qui vont avec. C’état un cadeau de bienvenue pour les invitées, et j’avais péniblement calculé 5 minutes après les avoir reçues pour enfiler les tongs et soulager mes pieds qui n’en pouvaient déjà plus (je n’ai honnêtement jamais autant souffert avec des chaussures à talons, et j’ai dû me rendre à l’évidence : cette paire et moi, nous sommes incompatibles).

Tout le monde est sur la piste de danse, mais avant d’aller danser sur la musique brésilienne il me reste une chose à vous dire : tout le monde est incroyablement beau.

Les hommes, d’abord, sont évidemment tous sur leur 31. Et, alors que les demoiselles d’honneur n’avaient pas de code vestimentaire à respecter, les garçons d’honneur devaient tous porter une cravate gris clair. Un petit détail qui m’avait fait sourire, moi qui n’avais jamais entendu parler de code vestimentaire pour une cravate.

Mais ce que j’aime par-dessus tout, ce sont les invitées. Les mariages au Brésil, c’est un peu comme les mariages auxquels j’aimerais assister toujours. Ici, pas question de prendre sa robe d’été pour aller faire la fête. Les invitées sont toutes dans des robes magnifiques qui ne se portent qu’aux grandes occasions. C’est de la sophistication de la tête aux pieds, et une excuse parfaite pour porter des robes que l’on ne porterait peut-être jamais si ce n’était pas pour un mariage. Leur maquillage et leur coiffure ne présentent aucun défaut et nous assistons un peu à un défilé de faux cils et d’ongles parfaitement manucurés.

Des invités impeccables dans une salle impeccable. Une soirée en collaboration avec la perfection qui se finira vers 4h du matin, après avoir dansé pendant de longues heures.

Les photos ont été prises par Analu & Antonioni, sauf celles de la réception où l’on me voit de dos et celles où je ne suis pas.

Ma robe vient de Chichi London. Je sais que je ne suis pas blogueuse mode mais je suis tombée en amour devant cette marque aux robes magnifiques, de qualité et pas vraiment chères, alors je me devais de le partager avec vous.

4 commentaires sur J’ai assisté à un mariage brésilien : Mon récit

  1. J’ai adoré lire cet article Leonor ! Merci beaucoup de partager avec nous cette magie d’un mariage brésilien, quelle expérience unique 🙂 Et tu étais magnifique ! Ca te va vraiment très bien ce maquillage. Bisous

    • Merci beaucoup Jeanne, ton commentaire me fait super plaisir ! C’était effectivement une expérience unique et je suis très heureuse d’avoir pu te transmettre ne serait-ce qu’une partie de la magie de l’événement par cet article :). Et merci pour le compliment huhu :). Bisous à toi !

  2. Cette expérience m’a l’air féerique et tellement exotique par rapport à nos mariages ici, un voyage dans le voyage en quelque sorte ! Gourmande comme je suis, je ne peux m’empêcher de m’imaginer quel fût le repas 🙂
    Tu es en tout cas resplendissante !

    • C’est exactement ça, un voyage dans le voyage ! Cette année j’ai aussi assisté à un mariage marocain (sur lequel j’espère pouvoir écrire un article bientôt) et ces deux mariages ont été une très belle expérience, d’autant plus que je ne m’attendais pas à vivre de telles choses un jour ! Je suis une grande fan des mariages, mais c’est vrai que quand ils se passent dans une autre culture ils sont encore plus magiques :). Quant au repas, moi j’ai surtout profité de toutes les sucreries qui étaient à ma disposition, parce que c’est ce que je préfère hihi ! A part ça, il y a avait un grand buffet froid pour l’entrée qui était délicieux, mais je ne pourrais pas t’en dire beaucoup plus parce que je ne m’en souviens plus très bien. Le plat principal avait bizarrement moins d’importance, il y avait un choix entre trois plats et il fallait aller à un stand pour se servir mais la plupart des invités étaient déjà en train de danser quand il a été servi ahah ! Et merci pour ce gentil compliment !

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