Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous parler d’une ville que tous les Brésiliens connaissent mais que très peu d’Européens seraient capables de placer sur une carte : Maceió.

Alors qu’en Europe, la grande majorité d’entre nous n’en ont même jamais entendu parler, Maceió est, sur ce continent latino-américain aux paysages si différents des nôtres, l’une des destinations de vacances par excellence. La ville attire de nombreux Brésiliens qui viennent y profiter de quelques semaines de soleil, mais aussi des Argentins et, même, quelques Italiens.

Et moi dans tout ça ? Moi, la première fois que j’en ai entendu parler, c’était de la bouche de celui qui allait devenir mon copain. Et avant d’y mettre les pieds, j’avais eu le temps de m’en former une petite idée, faite des photos qu’il m’envoyait et des mots qu’il me contait.

Parce que Maceió, c’est sa ville. Celle qui l’a vu naître, grandir, faire sûrement les pires bêtises d’adolescent et puis mûrir un peu par la même occasion. C’est elle qui lui a donné sa vision de la réalité, celle qui me fait parfois sourire ou légèrement grincer des dents.

Maceió, c’est de là que viennent presque toutes les histoires qu’il me racontait, et j’avais très envie de découvrir le décor dans lequel elles prenaient place.

Capitale de l’Etat d’Alagoas au Brésil, c’est une ville d’environ un million d’habitants. Et si elle attire autant de vacanciers, c’est qu’elle a de quoi se vanter : des kilomètres de côte, des bars de plage en veux-tu en voilà, des palmiers à perte de vue et une température moyenne de 26°C en hiver et de 30°C en été. Et puis, surtout, une eau claire et turquoise qui s’amuse à prendre un éventail de couleurs allant du vert émeraude au bleu le plus limpide, et tellement chaude que personne n’a sûrement jamais vu quelqu’un y rentrer sur la pointe des pieds. Les côtes de Maceió, en fait, c’est un peu l’idée que l’on se fait des plages paradisiaques.

Et ce n’est pas pour rien : on dit même que c’est là qu’on trouve certaines des plus belles plages du Brésil ! Oui monsieur.

La plage, c’est tout ce dont on me parlait avant d’arriver, et c’est la première chose que j’ai vue une fois sur place.

Il faut dire aussi que même si la ville est grande, mon copain a la chance d’habiter tout près de la mer. Dans un nouveau quartier aux grandes tours d’appartements qui m’épatent par la recherche de style dont elles témoignent. Parce qu’il se trouve dans une ville et un pays qui ne semblent pas vraiment porter un amour sans limites pour les jolis bâtiments, et parce que soyons honnêtes : les quartiers près des plages dans les grandes villes, c’est pas toujours les plus charmants, non ?

Alors les premiers jours, j’ai admiré ces jolies tours à appartements qui respirent l’envie de ne pas créer seulement du béton gris, j’en ai découverte une colorée de rose, je me suis baladée le long de la plage et j’ai été me baigner dans cette eau si chaude. J’ai, aussi, ouvert grand les yeux devant des petites boutiques qui avaient l’air de vendre des vêtements si jolis, et j’ai passé de belles soirées sur des terrasses de bars surplombées d’un ciel noir de chez noir.

Mais croire que j’allais ne vouloir voir que ça, ça aurait été mal me connaitre. Moi j’aime découvrir les vieux centres, les traces de l’origine, les bâtiments qui laissent deviner l’histoire passée.

Le problème, c’est que quand je disais que je voulais en voir plus de la ville, on me lançait parfois un regard rempli d’une petite lueur d’intrigue. “Qu’y a-t-il à voir à Maceió, à part ses plages ?”, semblait-on vouloir me dire. Il a donc fallu que je m’y reprenne plusieurs fois auprès de mon copain pour qu’il m’emmène enfin à la découverte du passé de sa ville.

Un jour, on a donc pris la voiture (comme à chaque fois qu’on se déplace dans la ville), on a quitté le quartier des jolies tours et on a longé la mer. On a été voir les drapeaux du mémorial de l’Etat d’Alagoas qui flottent fièrement au bord de la plage et puis, enfin, on s’est aventurés dans le quartier historique de Jaraguá, un petit quartier faits de grands entrepôts sans prétention. Mon copain m’avait dit qu’il n’y avait pas grand-chose à y voir et que c’était loin d’être le quartier le plus sûr de la ville. Mais moi j’étais aussi heureuse qu’une enfant.

J’avais voulu me plonger dans le passé de Maceió, et j’y étais. En plein cœur.

Car Maceió, au départ, c’était simplement ça. De grands entrepôts construits au début du 19ème siècle pour y stocker le bois des environs que des bateaux venaient ensuite chercher. Et puis d’autres entrepôts qui sont venus s’ajouter au paysage pour se remplir de sucre, d’épices, de tabac ou encore de noix de coco. Et, à quelques mètres de là, une mer limpide remplie de gros navires qui viennent charger leur cale de toutes ces bonnes choses avant de repartir vers d’autres horizons.

Au fil des transactions et du succès qu’elle a rencontré, Maceió a attiré de plus en plus de gens. Il n’a donc pas fallu attendre longtemps avant que se forme un village autour de ces entrepôts. Et, bien vite, le village est devenu une ville. Une ville nommée, en 1839, capitale d’Alagoas.

Mais si le quartier de Jaraguá a sûrement été longtemps rempli d’animation, aujourd’hui il n’en plane plus qu’un vague souvenir.

Lors de notre passage, les rues étaient presque vides. Des voitures sagement garées au bord des trottoirs, quelques passants par-ci, des regards curieux vers mon appareil photo par-là, et un vendeur de jus de canne auquel on a acheté deux verres bien remplis d’une canne à sucre broyée devant nos yeux. Une rue principale bordée de vieux entrepôts qui se décrépitent et une vieille place vide que mon imagination n’a pu s’empêcher de remplir de nombreux locaux. Un vendeur de glaçons chez qui nous nous étions un jour arrêtés en voiture en chemin vers la plage, pour remplir de glace pilée notre bac à boissons qui devait tenir toute la journée. Et puis, ici et là, quelques jolis bâtiments entretenus. Dont l’imposant édifice de l’Association commerciale de la ville, devant lequel “chaque diplômé vient prendre une photo parce que le bâtiment est joli”, me raconte mon copain.

Et puis, clou du spectacle, sur une petite cour derrière un bâtiment aux couleurs saumon, une statue de la liberté.

Alors que peu de personnes le savent, l’artiste Frédéric Auguste Bartholdi n’a pas créé qu’une statue de la liberté, mais trois. Et s’il existe aujourd’hui un grand nombre de répliques, celle de Maceió est bien une originale, créée par les mêmes mains que celles qui ont donné vie à la dame de New York. La statue de Maceió est la plus petite des trois (la troisième se trouvant à Paris) et personne ne sait vraiment bien pourquoi elle est là. On dit que c’est un prototype réalisé par l’artiste avant de créer son chef-d’œuvre, et que celle-ci aurait atterri dans cette ville brésilienne si peu connue parce que le sculpteur y avait un ami proche. C’est donc ici qu’elle trône, entourée de mystère, loin de l’agitation de ses sœurs jumelles.

  

Quelques jours plus tard, nous sommes partis à l’assaut du quartier du centre-ville (qu’ils appellent simplement Centro), là où certaines traces du passé résistent tant bien que mal face au présent qui a décidé de prendre tout l’espace. Ici, l’ambiance est complètement différente. Les rues sont remplies de gens, les voitures sont nombreuses, les klaxons retentissent et le désordre a depuis longtemps atteint l’architecture qui mêle le passé et le présent derrière un filet de câbles. Un grand mélange sans aucune structure, une explosion de vie sans crier gare.

Et puis la pluie qui vient gâcher un peu la fête, parce qu’après tout, nous sommes en hiver. Et l’hiver, c’est sa saison.

Avant de me faire tremper par les grosses gouttes chaudes, je n’ai eu le temps de ne voir qu’une petite partie du centre. Mais j’ai pu, quand même, admirer quelques jolis bâtiments coincés entre le capharnaüm pas souvent élégant d’un centre qui donne l’impression d’avoir grandi sans s’en rendre vraiment compte. Comme l’intérieur apaisant de la Catedral Metropolitana, le Palácio Floriano Peixoto et l’église Bom Jesus dos Martírios teintée de bleu comme certaines de ses sœurs portugaises.

  

Et, enfin, j’ai visité des petits musées gratuits qui nous offrent un minuscule aperçu de ce qu’a un jour été la vie ici, toujours avec le sourire du guide qui nous accompagne dans la visite comme le ferait un vieil ami. Il y a eu le Musée de l’image et du son avec de jolies photos en noir et blanc, le Musée d’art Pierre Chalita qui nous fait entrer dans l’ancienne maison d’un collectionneur d’objets d’églises (oui, surprenant), et puis, plus loin du centre, le musée Théo Brandão qui, logé dans une vieille villa qui me fait rêver, offre un aperçu du folklore et de l’art de la région (le bâtiment est en rénovation pour le moment (houra !) donc une grande partie du musée est fermée aux visiteurs).

En bref, un tas de petites merveilles parsemées ici et là.

 

Mais parler de Maceió en ne mentionnant que ses plages et son mélange d’histoire et d’architecture intrigant, ce serait manquer un point qui, malheureusement, fait tout autant partie de son quotidien. Comme beaucoup de villes aux plages paradisiaques, Maceió fait aussi face à son propre démon : la violence.

Elle n’est pas étrangère aux classements des villes les plus violentes du monde car elle en fait généralement partie (aux côtés, d’ailleurs, de nombreuses villes brésiliennes). Mais si, en 2011, le site web Business Insider la plaçait en 3ème position de son classement des 50 villes les plus violentes au monde (dépassant alors toutes les villes brésiliennes) avec 135 homicides par 100.000 habitants, la ville a, depuis, reculé dans le classement. Le même site internet la place 25ème en 2017, avec 52 homicides par 100.000 habitants. Même si le résultat est loin d’être idéal, on peut saluer l’évolution, non ?

Que ceci ne vous arrête pas si un jour vous voulez aller découvrir ses plages (à propos desquelles je vous prévois un article), ses entrepôts et sa vie tellement différente de celle que l’on connait : il faut juste savoir prendre ses précautions.

Pour moi, quoiqu’il en soit, Maceió reste une ville dans laquelle je me vois passer de nombreuses autres vacances, entourée d’un grand nombre de personnes adorables. Et, un jour peut-être, la violence aura disparu et le quartier de Jaraguá sera rempli de petits bars et restaurants tous plus mignons les uns que les autres. Qui sait ?

4 commentaires sur Maceió : La vie au bord des mers turquoises

  1. Je n’ai jamais entendu parler de cette ville, elle m’a l’air bien jolie avec ses bâtiments de style colonial. Ils me rappellent ceux que j’ai vus à Cuba. Tu as de la chance découvrir ce pays avec ton chéri, du coup tu dois avoir un regard moins touristique et c’est un peu si tu regardais derrière le rideau !

    • Elle contient en effet de jolis bâtiments, mais malheureusement ils sont souvent entourés de beaucoup de nouveaux bâtiments pas très jolis (sauf dans le petit quartier de Jaraguá qui est globalement épargné par les constructions récentes, un vrai bonheur !). Peut-être suis-je devenue plus exigeante après avoir habité à Prague et visité des endroits comme Rome et Venise qui chérissent leur patrimoine architectural, mais j’ai l’impression que la partie historique de la ville est oubliée par beaucoup. Il suffit de taper “Maceió” dans Google pour se rendre compte que dans la ville tout tourne autour de la plage. Une plage magnifique, certes, mais Maceió a bien plus de choses à offrir :). Je n’ai pas eu le temps de tout voir lors de mon premier passage mais j’ai hâte de pouvoir continuer à explorer la prochaine fois, j’adore tous ces vieux bâtiments !
      Et tu as raison, visiter un pays avec un local c’est tellement différent 🙂 ! Bisous

  2. oh ça m’a l’air tellement beau ! Je ne connaissais pas du tout, mais ton article me donne vraiment envie d’y aller! encore une destination a ajouter sur ma (longue) liste ahah !
    Bisous 🙂

    • Ahah oui les longues listes d’endroits à voir, je connais ! Ravie de t’avoir fait découvrir cette ville aux belles plages :). Bisous

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