Il est presque 18h quand nous sortons de l’aéroport de Rio. Le soleil est déjà parti se coucher mais le ciel est encore d’un bleu profond.

Après avoir passé les portes, prise par l’air chaud de la fin de journée, je redresse la tête pour poser mon premier regard sur cette ville dont on entend tellement parler. Et c’est là que je la vois, sans même la chercher ni m’attendre à la voir si vite : la statue du Christ Rédempteur, le symbole de Rio. Il se dresse au-dessus de l’horizon, éclairé pour apparaitre dans la nuit qui arrive bientôt. Tout petit dans la distance et pourtant si majestueux.

Un sourire commence à se tracer sur mon visage.

“Viens, on va chercher notre Uber !”, me dit mon copain qui ne l’a sûrement pas aperçu, me coupant court dans ma contemplation. “Fais attention à ta valise”, rajoute-t-il rapidement, me rappelant ainsi que Rio, c’est encore pire que São Paulo et Brasília niveau sécurité et, surtout, c’est très loin d’être l’Europe.

Pendant ces 3 premières minutes, je viens de faire face, sans encore le savoir, aux deux traits qui caractérisent Rio à mes yeux. D’une part, une ville remplie de paysages éblouissants et de noms connus à travers le monde. D’autre part, une ville à la violence rare, où il faut sans cesse être sur ses gardes.

Et je ne vais pas vous mentir, cette mise en garde permanente a été source de grande frustration pour moi. Ne pas toujours pouvoir prendre mon appareil photo, ne serait-ce que dans un sac à dos, et ne presque jamais pouvoir me balader avec lui autour du cou. Ne pas pouvoir réellement profiter de la ville après 17h, quand le soleil se couche, et ne pas pouvoir non plus plonger le nez dans mon téléphone sur le bord de la route. Ça n’a pas été facile.

À cette frustration s’en sont ensuite ajoutées d’autres, petites et grandes, comme celle de ne pas avoir pu prendre le temps de voir plus.

Rio, au final, comme le reflet de cette grande ville aux mélanges culturels infinis, c’est un mélange de sentiments qu’elle m’a procuré. Un bon gros mélange d’une flopée de sentiments contraires, comme une grosse boule de désordre de laquelle j’essaie un peu de retirer du sens et de l’ordre depuis que j’y suis allée, sans vraiment y arriver…

Et je n’ai plus envie d’attendre que Rio apparaisse clairement dans mon esprit, comme par magie, avant de vous en parler. Je sais que ça n’arrivera pas. Alors aujourd’hui, dans cet article sans doute un peu désordre, je vais vous raconter Rio.

Rio, c’est sûrement une ville qui remplit les esprits d’images différentes et d’imagination peut-être un peu délirante.

Mais Rio, pour moi, c’est d’abord Copacabana. Copacabana, c’est un peu comme le prologue de mon histoire avec le Brésil, et je ne pourrais parler de Rio sans vous le raconter.

Avant d’être cette plage qui a réussi à faire voyager son nom autour du monde, Copacabana a longtemps été pour moi un simple mot rempli de mystères et d’exotisme. Un mot saugrenu écrit en lettres noires sur une petite plaque jaune trônant sur la cheminée de mes grands-parents, souvenir d’un voyage de plusieurs semaines dans ce grand pays où une partie de ma famille avait décidé d’aller poser ses valises indéfiniment. Depuis que j’ai appris à lire, mes yeux finissaient toujours par se poser sur elle quand on allait leur rendre visite. Il faut dire que Copacabana, ce mot aux syllabes ensoleillées, avait tout pour attirer mon regard. À l’époque, j’essayais toujours de le mémoriser, butant à chaque fois sur une syllabe ou l’autre en inversant des lettres. C’était un mot qui me paraissait tellement loin, hors de tout ce à quoi j’étais habituée. Et, dans un sens, il m’a toujours fait un peu rêver.

Me retrouver devant Copacabana, c’était avant tout me retrouver devant une plage dont le nom avait fait voyager mon imagination pendant des années. Autant vous dire que mon cœur battait un peu plus vite en m’en approchant, en posant le premier regard sur elle et en allant enfoncer mes pieds dans son sable chaud.

Soyons honnêtes, ce n’est pas la plus belle plage du monde. Elle est bordée de hauts buildings pas toujours très beaux et son eau n’est pas aussi claire et limpide que celle des plages paradisiaques. La richesse de Copacabana se situe un peu plus loin vers l’horizon, là où les collines de Rio sortent de l’eau ou plongent dans la mer. Et puis, surtout, elle a un nom qui fera toujours un peu rêver les gens comme moi.

Rio, ce sont aussi ces rues qui résonnent au son de la musique live qui sort des bars un samedi soir. Les rues du quartier de Lapa remplies de monde, et ces magnifiques maisons coloniales desquelles mon regard et mon imagination ne peuvent se détacher.

Rio, c’est un patrimoine historique que l’on laisse mourir devant mon cœur meurtri. Une richesse architecturale qui aurait fait d’elle l’une des plus belles villes du monde si seulement quelqu’un pouvait poser les yeux dessus, y voir autant de beauté que ce que j’y vois et décider de leur redonner de la splendeur. Rio, ce sont des vieilles maisons dont la couleur et les détails partent en lambeau. Des maisons à l’histoire probablement aussi bouleversante qu’incroyable mais que plus personne ne veut voir, et que je meurs d’envie de découvrir.

Rio, c’est une ville qui a offert une scène magnifique à une histoire difficile, faite de conquêtes et d’esclavage, d’heures de gloire et de périodes effroyables. Une ville qui a sûrement vu le pire des Hommes, mais qui se tient toujours droite et fière.

Rio, c’est son Christ qui s’élève à l’horizon, comme gardien d’une ville qu’il ne peut peut-être plus guider, comme père d’un enfant sur lequel il espère encore avoir de l’emprise. Un Christ tellement haut qu’il finit toujours par apparaitre au loin, au détour d’une rue ou d’un regard. Un Christ qu’on ne peut jamais vraiment oublier.

Rio, c’est la vue incroyable depuis son Pain de sucre. Là où il fait un peu plus calme, là où on peut un peu mieux respirer.

Rio, c’est une ville atypique, créée au milieu d’un lieu paradisiaque, entre la mer et la montagne. Rio, ce sont des dizaines de monts et de collines qui sortent de terre jusqu’à parfois toucher la mer. C’est le vert d’une végétation indomptable et le gris des bâtiments qui sont apparus ici et là jusqu’à créer une ville si grande. Rio, c’est un horizon qui ne se veut jamais plat, un paysage extraordinaire qui est peut-être sa plus grande richesse.

Rio, ce sont les terrasses des bars qui se remplissent dans le noir de la nuit qui tombe si tôt. Ce sont les vendeurs aux foulards, sacs et autres objets colorés qui installent leurs échoppes aux abords de la plage, et toutes ces personnes qui profitent de la mer dès qu’elles le peuvent. Rio, c’est la vie tout en couleurs de ses habitants qu’on appelle les Cariocas.

Rio, ce sont les histoires de conflits et les vols à l’arrachée. Ce sont les favelas qui grimpent les collines et que l’on veut pourtant cacher. Rio, c’est être sur ses gardes à tout moment. Une ville où la violence et la corruption font la loi, et où la beauté ne peut jamais vraiment dormir en paix.

Rio, c’est une ville vibrante, qui a tant à offrir mais qui en gâche une bonne partie. Rio, c’est l’espoir que le Brésil trouve un jour un équilibre entre les trop riches et les trop pauvres. C’est l’espoir de pouvoir un jour voir la ville sans se soucier de la violence parce qu’elle aura disparu.

Rio, c’est tout ça et c’est bien d’autres choses en même temps.

Rio, c’est une ville qu’il faut que je revoie, pour avoir le temps de découvrir tous ses trésors et de profiter un peu plus de ceux que je connais déjà.

8 commentaires sur Rio : Les sentiments qui s’entrechoquent

  1. Telle que tu la décrit, elle me rappelle un peu la Havane. En tout cas, tu sembles t’être pris d’affection pour Rio au vu de ton beau texte. Je ne pensais pas que la sécurité n’était pas au top, je pensais les guides alarmistes comme pour le Mexique, mais si tu dis que tu ne pouvais pas partout amener ton appareil photo avec toi…J’ai hésité à partir au Brésil cette année mais ce sont les distances qui m’ont freinée, ce pays est tellement immense !

    • Oui j’imagine qu’entre tous mes sentiments partagés, il y a une grande part d’affection :). C’est peut-être aussi pour ça que je suis tellement frustrée de la voir laissée à l’abandon parfois !
      Pour la sécurité, avant de connaître mon copain (brésilien), je pensais aussi que les gens dépeignaient le Brésil comme plus dangereux qu’il ne l’est réellement. Et puis avec les histoires qu’il m’a racontées, je me suis rendu compte que j’avais tort et que le pays était en fait bien plus dangereux que je le croyais. Pas dangereux au point de ne pas devoir y aller, mais il y a beaucoup de petites habitudes européennes qu’on ne peut pas suivre là-bas, comme marcher dans la rue avec son téléphone en main. Au final, je pense que le mieux est toujours de faire confiance à ce que disent les Brésiliens parce qu’ils en savent plus que nous ou que les guides sur la sécurité. Donc lorsqu’ils me disaient de ne pas faire quelque chose, je ne le faisais pas :).
      Pour les distances, c’est vrai que c’est un pays tellement immense ! Pour aller d’une ville à l’autre on s’est déplacés en avion presque tout le temps. C’est plus sûr, ça prend moins de temps et c’est généralement pas très cher.

  2. J’ai exactement eu la même réaction et sensation que toi lorsque j’ai aperçu au loin le Christ. Un petit sourire sur mon visage en pensant “ça y est, j’y suis”. Je n’ai pu y rester que deux jours complets mais cette ville a quelque chose de magique…. J’aimerais beaucoup y retourner, au moins une semaine, histoire de visiter le coeur de la ville et de m’y imprégner plus.

    • Hihi contente de savoir que je ne suis pas la seule à avoir souri devant ce tout petit Christ à l’horizon 🙂 ! J’y suis restée 4 jours mais en travaillant tous les matins, autant dire que ça fait l’équivalent de deux jours complets et que c’est bien trop peu pour découvrir une ville si grande ! Ca m’a vraiment frustrée, d’autant plus que je n’étais pas seule donc j’ai dû faire des compromis sur le programme à suivre. Ce n’est pas si mal parce que j’ai pu découvrir de chouettes choses que je n’aurais pas pensé faire, mais du coup il y en a d’autres qui étaient sur ma liste et que je n’ai pas eu le temps de faire. Enfin, au final tout ça me donne de bonnes excuses pour y retourner 🙂 !

    • Merci beaucoup, ça me fait très plaisir :). Je pense que Rio a la capacité de laisser une trace dans l’esprit de nombreux voyageurs. Et si je me trompe, quoiqu’il en soit je suis contente de ne pas avoir été la seule à avoir été marquée par la ville ! Bisous à toi

  3. Quel beau texte ! Je te remercie d’être venue faire un tour sur mon blog sans quoi je n’aurais jamais connu le tiens (ou pas aujourd’hui en tout cas ;)) !
    Rio ne m’a jamais attirée en partie à cause de cette réputation dont elle souffre. Je me vois mal profiter pleinement de mes vacances si je dois être sur mes gardes en permanence. Mais je dois dire malgré tout que ton article m’interpelle et me donne quand même un peu plus envie d’y aller 😉

    • Merci beaucoup pour ton commentaire 🙂 ! C’est vrai qu’être en vacances tout en étant sur nos gardes, ce n’est pas une chose à laquelle nous sommes habitués, et c’est pas non plus ce qu’il y a de plus plaisant. Mais il y a tellement de pays qui demandent à être visités tout en faisant attention, je me dis que ce serait dommage de ne pas les visiter “juste” pour cette raison ! Et même si l’ambiance m’a parfois réellement frustrée, au final je suis très heureuse d’avoir vu Rio (et comme je l’ai dit, j’ai très envie d’y retourner). C’est une ville qui a des atouts magnifiques. Heureuse de t’avoir donné ne serait-ce qu’un petit peu plus envie d’aller découvrir la ville 🙂 !

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