Chaque année c’est la même chose. Ça arrive à tout le monde et je n’y échappe pas, je prends un an de plus.

Je sais pas comment vous le vivez mais pour moi, ça fait plusieurs années que le jour de mon anniversaire est rempli de sentiments qui se mélangent. Je suis contente parce que c’est ma journée, mon jour à moi, ma date dans l’année. Mais mon anniversaire, c’est aussi toujours l’occasion de repenser à l’année écoulée, d’ouvrir ma bouche d’hébétement tellement le temps est passé vite, et de commencer à stresser parce que c’est un an de plus qui m’éloigne d’une jeunesse que je voudrais éternelle. Une jeunesse remplie de rêves, d’innocence et de liberté.

Depuis quelques jours j’ai 27 ans, et …

J’ai l’impression qu’il me reste 3 ans pour réaliser mes rêves.

J’ai beau me dire que l’âge n’est qu’un chiffre, j’avoue que j’ai un énorme problème avec les dizaines (et avec chaque année qui passe tout court, j’vais pas vous mentir). Tout comme 20 me faisait peur pour une raison que j’ai pourtant du mal à identifier des années après, l’idée d’être plus proche de la trentaine que de la vingtaine pourrait aller jusqu’à m’empêcher de dormir.

Parce que les 30 ans qui approchent ont ce goût d’une responsabilité et d’une stabilité qu’il faudra commencer à avoir. Et surtout, le goût des enfants à prévoir avant qu’il ne soit trop tard. Pas que je ressente de pression sociale ou familiale, loin de là. Je me mets moi-même la pression, moi et mon incapacité à imaginer ma vie d’adulte sans enfant.

Ces enfants que je me voyais avoir une fois mon diplôme en poche, balayant de la main les arguments tels que “tu devrais attendre d’avoir un bon travail avant de fonder une famille”. Ceux-là que je veux toujours autant qu’avant, mais pitié pas dans la vingtaine, pitié est-ce qu’on pourrait retarder l’échéance encore un peu ? Parce qu’une adulte, c’est loin de ce que je suis pour le moment.

30 ans, soit 3 ans pour vivre la vie pour moi avant de sérieusement penser qu’il est temps de la donner, et mon innocence et ma liberté par la même occasion.

3 ans pour dire merde, partir, me lancer dans quelque chose. 3 ans pour découvrir, déménager, mettre mon argent dans ce que je veux.

3 ans pour voyager, voyager, voyager.  Et encore voyager. 3 ans pour, qui sait, mettre sur pied un tour du monde auquel mon copain et moi commençons petit à petit à penser.

3 ans pour avoir le temps, et surtout le prendre. 3 ans pour trouver ma place.

3 ans et je n’arrive plus à tenir en place. J’ai l’impression que ma vie c’est maintenant, et que je n’en fais pas assez. J’en veux toujours plus. Plus de voyages, plus de liberté, plus de temps.

Vous me direz que je raconte des bêtises, et j’acquiescerai sûrement dans 10 ans. Et puis vous me direz que j’ai le temps, 3 ans c’est long quand même, mais je vous dirai que les 3 dernières années je les ai presque pas vues passer. Et ça a tendance à m’oppresser.

J’ai du mal à me fondre dans le monde du travail.

Ca fait un an et demi que je travaille, et un an que je patauge, que je doute, que je me résigne, change d’opinion, en change encore, et encore, et encore.

J’ai toujours été bonne élève et, malgré que je n’aie jamais trépigné d’impatience à l’idée de travailler et de dire adieu à mes longs mois de vacances, j’ai toujours vu le travail comme une étape normale dans ma vie que je gérerai aussi bien que mes études.

Mais quand on met un pied dedans, visiblement ça devient plus difficile.

D’abord, je me bats avec l’idée que j’ai peut-être une vision trop idéaliste du travail.

Pour le moment, avec mes collègues, je peux pas me plaindre. La plupart du temps, je travaille avec des gens super gentils, avec qui je passe mes journées à dire des bêtises et rire de tout et n’importe quoi. Mais plus j’avance et plus je me rends compte qu’avoir des collègues comme ça toute ma vie ça se rapproche souvent de Mission impossible, version real life. Je me rends compte que je suis dans une bulle loin du monde austère et stressé d’autres équipes ou d’autres entreprises. Et quand ne serait-ce qu’une petite partie de cette réalité parvient à percer la bulle, j’ai juste envie de tout envoyer valser. Et ça me fait douter de tout.

Devoir travailler chaque jour avec des collègues chiants ? Me faire rabaisser par des gens stupides qui se croient supérieurs parce qu’ils gagnent plus que moi ? Devoir répondre gentiment et poliment à tout message insultant ? Vous serez nombreux à me dire que c’est normal, c’est le monde du travail, tu viens, tu fais ta journée, tu donnes le meilleur de toi-même, tu fermes ta gueule, et à la fin du mois t’as ton salaire. C’est le deal, apparemment.

Sauf que non. Moi fermer ma gueule face à quelque chose que je trouve injuste ou irrespectueux, ça me dépasse. Ca m’a toujours dépassé, ça me dépassera toujours.

J’ai cette vision idéale d’une entreprise où chacun respecterait tout le monde. Cette vision d’un bureau où personne ne te mettrait leur merde sur tes épaules pour pouvoir aller plus haut, sentir plus bon et se faire mieux voir.

Est-ce que l’entreprise idéale existe ? Dois-je écouter mes plus vieux collègues me dire que non, ça n’existe pas ? Ou garder cet espoir qu’ils ont abandonné il y a bien longtemps ? Sont-ils réalistes ou pessimistes ?

Ce qui me frappe souvent, ce n’est pas que je n’arrive pas à faire rentrer le monde du travail dans ma tête… Mais c’est que tout le monde a l’air d’y arriver, sauf moi. Je pense que mes espoirs n’arrivent pas à oublier la possibilité d’avoir un travail de rêve et mon regard ne peut se défaire de ces personnes qui ont fait de leur rêve un travail.

C’est là que réside mon deuxième problème, après la peur des collègues insupportables : le temps que ça me prend.

J’ai souvent l’impression de gaspiller 10 heures de ma vie 5 jours sur 7 pour le travail. Des journées que je commence pleine de rêve et de projets sur lesquels je ne peux pas travailler à cause du boulot qui m’attend, et qui me ramènent à la maison lessivée, souvent bonne à rien d’autre qu’à me planquer dans mon canapé, les yeux rivés sur une série ou sur internet et ses photos d’ailleurs que je fais défiler. Deux jours par semaine pour pouvoir vivre pour soi, j’arrive pas à m’y faire. C’est trop peu, trop court, trop rapide, trop tout. On n’a même pas le temps de respirer que c’est déjà fini.

Alors qu’est-ce que je fais, moi, avec tous mes rêves d’indépendance ? Pourquoi je me tue à la tâche pour faire un travail reconnu par si peu de personnes, juste dans le but de réaliser un rêve qui n’est pas le mien ? Ne devrais-je pas me tuer à la tâche pour mon rêve ?

Je veux rester convaincue qu’il existe un travail qui me rendra complètement épanouie. Mais arriverais-je à le trouver un jour ? C’est l’ultime question.

Je suis perdue.

Je croyais qu’à 27 ans je saurais exactement où j’en serais dans ma vie. Plus jeune, je croyais que les gens de cet âge-là savaient tout. Qu’ils savaient tous quoi faire de leur vie, qu’ils connaissaient le chemin. Qu’ils ne faisaient pas face à ces tonnes de questions que je me pose. Qu’ils naviguaient tranquillement.

Et vous l’aurez compris, moi je suis perdue.

Perdue entre des décisions que je ne sais pas prendre. Des choix qui sont encore parfois trop flous, ou même encore trop cachés.

Je ne sais pas où je vais. Je sais que je ne veux pas rester à Prague, je ne sais pas quand j’en partirai. Je sais que je dois changer ma vision du travail, je ne sais pas laquelle choisir.

J’ai cette impression tenace que j’existe pour faire quelque chose de plus que ce que je fais actuellement. Je sais que je dois mettre sur pied des projets pour donner un sens à cette idée, je ne sais pas par quoi commencer. Je sais que je veux arriver à construire quelque chose de mes propres mains, quelque chose qui me rendrait fière, mais je ne sais pas où commencer.

Bref, j’ai 27 ans et je suis un vrai bordel.

(Mais vous inquiétez pas, généralement je le vis bien !)

16 commentaires sur J’ai 27 ans et …

  1. “Ce qui me frappe souvent, ce n’est pas que je n’arrive pas à faire rentrer le monde du travail dans ma tête… Mais c’est que tout le monde a l’air d’y arriver, sauf moi.” Je te rassure nous sommes deux dans ce monde que les gens semblent vénérer… J’ai 28 ans… deux ans pour réaliser mes rêves, mais je compte bien le faire et saisir l’opportunité que chaque jour m’offre. Très bon article BTW! Je ne suis plus seul dans ma tête 😉 . Bonne continuation!

    • Merci beaucoup pour ton commentaire, ça me fait plaisir de voir que je suis pas la seule ! T’as bien raison, et je te souhaite beaucoup de succès (toujours dans le journalisme ? :)). Bisous !

  2. J’ai 27 (bientot 28) et je ressens la même chose que toi! Fin de mon CDD en septembre, c’est a la fois la libération car tout et possible, et l’angoisse car que faire? Des choix dont je n’ai aucune idée! J’avais aussi plein d’objectif à atteindre pour mes 30 ans, mais je me rend compte que 30 ou 35 finalement c’est pas si grave. C’est en effet une pression que l’on se met nous même, une barrière imaginaire qui n’existe pas!
    Alors comme toi je réfléchis à tout plaquer pour partir voyager, à rêver encore un peu, même si se sera toujours possible après 30 ans! 😉

    • Oh oui je ne comprends que trop bien cette angoisse de se retrouver sans boulot fixe ! Et pourtant, je reste persuadée que parfois c’est peut-être la meilleure chose qui puisse nous arriver, car ça nous pousse à nous demander ce qu’on veut vraiment faire pour gagner notre vie au lieu de se reposer sur un boulot qui ne nous apporte pas autant que ce qu’on voudrait. Et t’as raison, l’âge c’est généralement une pression qu’on se met soi-même !
      Je te souhaite de trouver la voie qui te convienne le mieux, et puis si jamais tu fais un mauvais choix, t’auras toujours la possibilité de faire d’autres choix qui te ramèneront sur la bonne route :). Gardons espoir ! Bisous

  3. Article super comme toujours ma Léo !
    Tu me rassures. Cette année dernière année universitaire avant le grand saut, plein de péripéties sentimentales et l’affreuse impression tout comme toi que l’échéance pour vivre ses rêves et de plus en plus proche.
    Pour ce qui est de l’entreprise parfaite, malheureusement elle n’existe pas. Le seul moyen de se rapprocher de ce qui nous ressemble le plus c’est de le construire nous même 😉

    Je vote pour un départ en Espagne et la construction d’une start-up pleine de folie à notre image ;D (c’est beau les rêves).

    Plus sérieusement ne te fais pas trop de soucis je pense que quoi qu’il advienne tu sauras toujours retomber sur tes pattes, et après tout enfant ou pas, il n’est jamais trop tard pour réaliser ses rêves. De gros bisous !

    • Merciiii :)! Je suis complètement pour le plan de partir en Espagne et créer notre start-up !!! Ce serait le top :D. Coourage pour ta dernière année mais comme tu l’as dis toi-même, il n’est jamais trop tard :). Plein de bisous et encore merci pour ton commentaire !

  4. 27 ans aussi, et cet article, j’aurais pu l’écrire !
    Peut être l’occasion de se donner la chance de vivre en grand ?
    En tout cas, c’est ce que j’ai décidé de faire depuis quelques temps, et même si ce ne sont que de petits pas posés les uns après les autres, on se sent vivre !

    • Ca me fait plaisir de lire ce genre de commentaires, félicitations pour avoir sauté le pas (même si c’est fait à petits pas) ! Je te souhaite plein de bonheur, et merci pour ton commentaire :).

  5. Salut Léo, très bel article, plein de cœur et dans lequel on peut tous un peu (voire beaucoup) se reconnaître je pense, car on a tous en commun certaines idées, principes et difficultés que tu mets en avant. Je n’ai pas toujours le temps de feuilleter ta page, mais c’est toujours très agréable à lire et rafraîchissant.

    Bisous !

  6. Coucou ma belle, ta peur et tes angoisses sont légitimes. Mais ne te fais pas avoir par nos sociétés qui glorifie la jeunesse éternelle, la vie est un cycle et il normal que les années passent, le meilleur reste à venir!!! Tu peux me croire, comme toi j’avais tout planifier mais à un moment j’ai décidé de lâcher prise!!! Et à bien des égards ton parcours est juste trop beau. Moi spontanément je peux te citer 10 personnes dans mon entourage qui rêveraient d’être à ta place… Laisse faire ma belle apprécie et quand ça ne vas vraiment plus fait comme arrête l’hémoragie et crée ton propre job! Car comme il est dit plus haut l’entreprise parfaite n’existe pas du tout! Enfin bref j’aimerai beaucoup venir me promener à Prague avec toi, car ton histoire me touche, mais ce n’est pour l’instant pas possible. Alors vis, laisses toi aller et affirme toi et fais tes choix ce sera les bons!!
    xoxo
    https://yzystyle.com

    • Oh merci beaucoup pour ton commentaire, ça me fait super plaisir 🙂 !! Entre cet article et maintenant, j’ai décidé de démissionner. Je quitte mon entreprise dans quelques semaines et je compte me lancer en freelance. Tout est encore flou, c’est aussi effrayant qu’excitant mais je me dis que c’est le moment ou jamais de tener l’expérience (même si évidemment on peut la tenter à tout âge) ! Merci encore pour tes belles paroles, et si un jour tu passes pas Prague fais moi signe ! 🙂 Bisous

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